Vendredi 28 mai 2010 5 28 /05 /Mai /2010 18:15

Depuis l’avènement du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992 se traduisant par la consécration de la convention sur la diversité biologique (première convention internationale concernant la biodiversité), la notion de biodiversité c’est lentement mais sûrement immiscée dans le domaine public et les consciences individuelle et collective. 

Tant est si bien que nul aujourd’hui n’est censé ignorer le terme même si les tenants et aboutissants de la notion reste abscons pour les néophytes malgré l’étonnante limpidité (trompeuse) du néologisme. 

En effet, de prime abord le mot s’offre aisément à la compréhension du tout venant chez qui l’appréhension fait vite office de sens tout du moins d’un semblant de signification. 

Ainsi la biodiversité n’est autre que la diversité biologique, la diversité du vivant, des formes de vie sur terre. Mais encore ? Car si la définition confine à la tautologie la biodiversité tel l’arbre qui cache la forêt rend compte avant tout d’une multitudes de choses dont principalement l’étude des liens et des interactions entre un biotope et sa biocénose dans ce qui forme un écosystème lui-même en interrelations avec d’autres entités du même type. 

Dans l’imaginaire commun les écosystèmes renvoient prioritairement à l’idée de nature ou à une composante rurale cependant les différents milieux urbains constituent autant d’écosystèmes à la grande différence que l’espèce humaine interagit préférentiellement dans ces milieux à mesure que l’homme les a anthropisé.

Mais au-delà de ces écosystèmes urbains la prégnance de l’homme au niveau planétaire est telle que force est de constater et prendre en compte l’impact de celui-ci sur l’ensemble des interrelations et interactions du vivant à l’échelle mondiale. 

Bref, toute étude portant sur la biodiversité est consubstantielle à une étude anthropique. Ce qui va à l’encontre de notre schéma de pensée moderne occidental opposant Nature (biodiversité) et Culture (facteur anthropique).

 

Ainsi profitant de « l’engouement » suscité par la proclamation de l’Organisation des Nations Unies de l'année 2010 comme année internationale de la biodiversité nous essaierons succinctement de prendre la mesure du phénomène à travers deux nouvelles tendances antagonistes voyant le milieu urbain devenir une zone ou se développe de plus en plus une forme de biodiversité (écosystèmes urbains) alors que dans un mouvement inverse les zones rurales voient leur biodiversité s’amenuiser sous le coup de la pression anthropique agricole notamment.

La résultante étant un nouvel enjeu pour la ville moderne nécessitant de nouveaux champs d’investigations scientifiques et une pluridisciplinarité à même de rendre compte adéquatement des changements en devenir tant au niveau de la géomorphologie urbaine que des comportements et modes de représentation des citadins.

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Lundi 7 juin 2010 1 07 /06 /Juin /2010 15:40

Comme l’affirmait récemment John Celecia, ancien coordonnateur du Programme International Homme et Biosphère de l’UNESCO, lors du 1er colloque international de l'ODBU : « la nature vierge n’existe pas, tout au moins en Europe » avant de renchérir que « l’ensemble des paysages de notre continent a été façonné par les êtres humains au cours des siècles ».

 

Lancée de façon laconique à son auditoire la sentence semble sans appel. Pourtant l’affirmation est loin d’être évidente si l’on tient compte de l’histoire urbaine et donc de la façon dont ont été pensées et édifiées les villes modernes. En effet à l’époque moderne la ville est construite en opposition à la nature ce que nos contemporains appellent maintenant biodiversité. Ainsi comme le rappel Claude Auroi, Professeur de développement rural à l’Institut Universitaire d’Etudes du Développement de Genève, « La ville planifiée du XVIIIe sièvle, celle des Physiocrates et des Encyclopédistes a crée une nette séparation entre ce qui est biologique non-humain, les plantes, confinées à l’espace « jardin » et « parc », aux fermes hors murs, et le domaine de l’habitat humain. ». Cependant comme il le fait remarquer « ce modèle est resté hybride, car les jardins particuliers continuaient d’occuper des arrières cours et des terrains non construits, et les clapiers et poulaillers étaient partout présents. ». L’avènement de l’hausmannisation mettra fin à cet état de fait avec la réduction de l’arrière cour mais surtout l’alignement des bâtiments désormais bordés de surfaces bétonnées strictement imperméables (seuil, trottoir, avenue, cour…). « Cette conception de la ville et de la vie a perduré comme élément dominant pendant tout le XXème siècle et commence seulement à être remise en cause depuis une quinzaine d’années. » souligne enfin M. Auroi.

 

De tels bouleversements ne sont pas sans conséquences quant à l’évolution de la biodiversité des milieux urbains. C’est ce que l’on a pu constater à Paris, exemple archétypal par excellence, avec la réduction notable voire la sidération de nombreuses populations de mammifères. Ainsi pour donner un ordre de grandeur sur une cinquantaine d’espèces connues au XVIIIe siècle on en décompte seulement plus d’une vingtaine de nos jours. A l’époque il n’était pas étonnant de croiser dans la capitale des loups, renards, castors et même des marsouins dans la Seine sans compter les diverses espèces plus communes introduites depuis le Moyen-Age comme le lapin, le rat surmulot et le rat noir. Mais les grands aménagements de Paris auront raison de cette diversité puisque c’est entre 1850 et 1950 que la ville enregistrera une chute vertigineuse de ses différentes populations avec la disparition de pas moins de 50 % des espèces. A titre d’exemple rien qu’au XXème siècle on notera la disparition du blaireau, du rat des moissons, du sanglier et du chevreuil.

 

Mais depuis quelques années la tendance semble diminuer pour ne pas dire s’inverser dans les grandes villes occidentales qui enregistrent le regain d’une certaine biodiversité spécifique au milieu urbain. Cette évolution loin d’être incongrue est bien au contraire le fruit d’une lente maturation des modèles de représentation et/ou donc de l’affectivité face au fait urbain (dans une optique de processus de civilisation éliasienne appliquée à la notion d’environnement) tant au niveau des professionnels de l’urbain (aménageurs, architectes…) que des populations citadines récemment sensibilisées à la cause environnementale.

 

Les prodromes d’un tel « renversement sémantique » de l’urbain ne date pas d’hier puisque depuis plus d’un siècle les architectes de tout horizon débattent de la séparation ou de l’intégration ville-campagne, cependant le phénomène c’est largement accru entre les deux guerres. C’est à la fin du XIXe siècle qu’émerge le concept de cité-jardin chez les théoriciens de la ville avec le britannique Ebenezer Howard, à qui l’on doit la pérennité du terme, dont l’idée sera maintes fois reprise notamment en France par Georges-Benoit Lévy et au Etats-Unis par Frank Lloyd Wright. L’objectif étant de naturaliser la ville le mode d’habitat se caractérisera donc par des maisons de type familiales dans un pourtour de jardins privatifs avec un centre plus urbain abritant les services et les commerces. Comme le note Claude Auroi, à vocation ouvrière « il y a dans cette conception une forte nostalgie du monde rural, et un essai d’hybridation entre les deux mondes, la ville et le village. ». Si le concept donnera lieu concrètement à de nombreuses réalisations à travers le monde son application se trouvera vite en proie aux réalités matériels de notre époque moderne (cherté et rareté des terrains, problèmes de transport en raison de l’étalement horizontale) laissant la place à une approche plus verticale de la ville. Celle-ci privilégiant les gratte-ciel, barre et autres grands ensembles dans une optique de rationalisation de l’espace (séparer dans l’espace les fonctions d’habitat, travail et de loisir) ayant donné naissance à la cité-satellite moderne (Le Corbusier) se caractérisant par une absence partielle ou totale du biologique. L’exemple de la ville de Brasilia (Niemeyer) est édifiant à ce niveau-là puisque poussé à l’extrême. Comme le fait remarquer Claude Auroi « les trottoirs ont pratiquement disparu, les parcs sont quasiment absents, et tout est mis sur la facilitation des transports, la voiture en priorité ». Il conclut « on aboutit ainsi à des villes totalement dénaturisées, fortement polluantes et polluées (rejet de CO², SO², autres gaz) uniformes et ennuyeuses ».

 

La véritable rupture conceptuelle et idéologique adviendra par le biais de Friedenreich Hundertwasser (1928-2000) avec l’introduction de la non-ligne, créant « une rupture de ligne permanente dans les façades, les toits et les ouvertures » explique Claude Auroi à rebours du « souci de non-rupture et de continuité » de tous ses contemporains (Le Corbusier, le Bauhaus, Niemeyer, Jean Nouvel, Mario Botta…). Mais surtout, toujours selon M. Auroi, en intégrant « une dimension spirituelle qui rompt avec le matérialisme des grands constructeurs du XXe siècle, il remet l’habitat dans le Cosmos » permettant la réintégration du vivant dans l’urbain parmi lequel la végétation sous forme de toits enherbés, de jardins balcons ou de murs végétalisés.

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Vendredi 11 juin 2010 5 11 /06 /Juin /2010 14:55

A l’inverse de la réintégration progressive de la Nature dans le milieu urbain, le milieu rural moderne, de plus en plus sous le joug de pressions anthropiques liées à l’activité agricole, voit sa biodiversité s’appauvrir.

 

Ainsi selon une expertise collective pilotée par l’Institut National de la Recherche Agronomique paru en juillet 2008 faisant l’état des lieux entre agriculture et biodiversité à l’échelle européenne il apparaît clairement que l’intensification de la production agricole dans la seconde moitié du XXè siècle à eu un impact significatif et négatif sur la biodiversité.

 

Si historiquement le développement de zones de cultures a contribué à façonner les paysages en créant de nouvelles conditions écologiques génératrices à leur tour de biodiversité force est de constater que l’agriculture moderne (française en particulier) a peu exploité ces services écologiques naturels. Bien au contraire le recours à l’intensification des pratiques agricoles a mis en danger cette diversité de part l’utilisation systématique d’intrants chimiques (pesticides, fertilisants), la réduction du nombre de cultures, la simplification des méthodes culturales et l’homogénéisation des paysages (disparition des haies).

 

Situation que résume très bien Xavier le Roux, chercheur de l’INRA qui à piloté le l’expertise Quand il explique que « l’agriculture intensive s’est construite après la seconde guerre mondiale en s’affranchissant de la biodiversité ». En effet selon lui « la vision s’est focalisée sur les flux de matière (engrais, traitements phytosanitaires, NDRL) et on a oublié la composante biologique ». 

 

Les deux principales tendances de l’agricultures intensive moderne, qui voient l’accroissement de la productivité des surfaces cultivées associé à l’emploi de fertilisants et de pesticides de synthèse, ainsi que la spécialisation des systèmes de production entraînant une « simplification » des paysages agricole, ont des répercussions sur la biodiversité à différentes échelles spatiales.

 

Ainsi à l’échelle parcellaire la fertilisation, le travail du sol, les pesticides... constituent des perturbations du milieu qui ont un impact globalement négatif pour la biodiversité.

 

A l’échelle paysagère la disparition de milieux semi-naturels à l’interface des espaces agricoles, tels que les bois, les prairies semi-naturelles, les haies et les bords de champ typiques des paysages bocagers, nuit également à la biodiversité.

 

Il en va de même pour l’homogénéisation des cultures dans l’espace et la synchronisation des pratiques (dates de récolte ou de fauche, etc.).

De plus, une agriculture intensive dans des paysages homogènes favorise le développement des populations de bioagresseurs des cultures.

 

Les ravageurs sont favorisés par une agriculture intensive dans des paysages homogènes, alors que les auxiliaires de culture tirent bénéfice d'un paysage complexe et d'une agriculture peu intensive. Globalement, l’intensification de l’agriculture et la simplification des paysages favorisent des espèces communes.

 

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Vendredi 25 juin 2010 5 25 /06 /Juin /2010 15:38

La question peut paraître osée de prime abord mais si l’on tient compte des évolutions antagonistes entrevues dans les milieux urbains et ruraux ces dernières années celle-ci semble être légitime. 

 

A ce titre l’exemple de la ville de Zurich est éloquent comme en témoignent les résultats d’un grand recensement faunistique faisant état d’une plus grande diversité des espèces au sein de la zone urbaine que dans les campagnes environnantes. En effet comme le laisse entendre le biologiste Stefan Eneichen et son équipe « la grande diversité d’espèces des milieux urbains résulte de la nature même de la ville ». Notamment par sa diversité structurelle où des « maisons individuelles, immeubles d’appartements, magasins, petites entreprises, bureaux, écoles et zones industrielles se côtoient et sont reliés par des réseaux de voies ferrées, de routes et de chemins, insérés dans des jardins de dimension et qualité écologique variables, jalonnés d’arbres et complétés par des parcs, cimetières et autres espaces verts ». Soit autant d’espaces favorables à la création de petites niches écologique où peuvent se déployer et proliférer de nombreuses espèces qui n’auraient sûrement jamais vu le jour dans les grands espaces dégagés et cultivé des champs de monoculture intensive des zones rurales environnante. C’est ainsi qu’autour des gares de la ville dans un biotope urbain constitué de rails a pu croître et se développer la plus grande colonie de lézards des murailles du Nord des Alpes.

 

 

A une plus grande échelle nous retrouvons un large éventail de plus de 16 000 espèces dans la zone urbaine soit un tiers des espèces présentes en Suisse. Mais encore Elia Landolt dénombre 1200 espèces de fougères et de plantes à fleurs sauvages ce qui représentent 40 % des espèces présentes sur le territoire Suisse. En outre une des particularités de cette biodiversité urbaine tient à la singularité des espèces faunistique et floristique souvent autochtone et donc peu répandues comme le rappel l’étude sur la vision de la biodiversité en Suisse en remarquant que « une plante sur six figurant dans la flore de la ville de Zurich est au moins menacé à l’échelle nationale selon la liste rouge ».

 

 

Si la diversité spécifique de Zurich tant sur le plan faunistique que floristique est importante elle n’est reste pas moins extrêmement fragile de part le faible nombre d’individus de chaque espèce en proies aux aléas urbains (chantiers, densification du tissu urbain, pollution…). 

 

 

Le cas particulier de Zurich (ou de la Suisse), loin de traduire une tendance générale, révèle toutefois des modus vivandi d’espèce en milieu urbain intéressants qui ont au moins le mérite de mettre au jour certain paradoxe et/ou mythe relatif à la représentation que tout à chacun peut se faire de la biodiversité quelle soit urbaine ou rurale.

 

 

A l’instar de Zurich, toute proportion gardée, certaine ville deviennent dorénavant ce que l’on pourrait appeler des « refuges pour les animaux » en raison du bourgeonnement des espaces verts en tout genre, parcs, jardins, toits enherbés, murs végétalisés et même friches qui sont autant d’asiles pour les espèces menacées des zones rurales où sévissent des pratiques agricoles qui leurs sont défavorables.

 

 

Espèces emblématiques parmi tant d’autre pour leur rôle primordial de pollinisation (elles comptent pour 80 % de la vie sexuelle des plantes), les abeilles des milieux ruraux voient leur populations décimées alors que leurs consoeurs des milieux urbains ou périurbains ne se sont jamais aussi bien portées.  Avec 40 % de disparition annuelle (5 % en temps normal) le syndrome de « l’affaiblissement du cheptel apicole » (où colony collapse disorder outre atlantique) bat son plein dans les campagnes française comme a pu inéluctablement le constater Gilles Ratia, Président du 41e Congrès Apimondia 2009 et Consultant agricole International. A l’origine de cette situation alarmante sans précédent dans l’histoire apicole on retrouve selon lui avant tout des facteurs exogènes tels « l’usages immodéré des pesticides, la mise sur le marché de nouvelles molécules hypertoxiques (moins de 50g à l’hectare suffisent au grand nettoyage) et l’utilisation de nouvelles techniques de dissémination (enrobage des semences) ». 

 

 

Sans se départir de ses propres responsabilités « nous sommes tous responsable » le constat reste pourtant amer comme pour beaucoup de petits apiculteurs (90 % de la profession) obligés de battre en retraite devant des rendements par ruche dérisoire si ce n’est nuls (de 15 à 25 kg de miel annuel par ruche). Le constat est tout autre par delà les champs dans « l’asphalte naturalisé » car avec des rendements moyens plutôt de l’ordre de 50 à 75 kg, quand il n’est pas rare d’atteindre les 100 kg, les abeilles des villes ne se sont jamais aussi bien portées. 

 

 

En effet outre d’avoir des ruches plus productives dans ces zones, quelles soient périurbaines ou urbaines comme à Paris (Toits de l’Opéra, du Grand Palais…), les abeilles bénéficient par le biais des espaces verts diversifiés floristiquement (balcons, parcs, jardins, pelouses…) d’une nourriture abondante presque tout au long de l’année (de printemps à automne). Ceci permettant une forte productivité et jusqu’à deux récoltes par an quand dans les campagnes les cultures monospécifiques n’assurent qu’une subsistance pendant un cours lapse de temps auxquels viennent s’ajouter les désagréments déjà maintes fois évoqués.

 

 

Robert Barbault, directeur du département écologie et gestion de la biodiversité au Muséum National d’Histoire Naturel et président du comité de pilotage du colloque « biodiversité urbaine », résume bien la mouvance visant à appréhender la ville comme un écosystème à part entière : « La biodiversité est partout et pénètre dans les moindres interstices de la cité, bien au-delà des parcs » et « certaines espèces sauvages ont même su y trouver un milieu favorable, comme les abeilles qui, à l’abri des pesticides, s’y portent mieux qu’à la campagne ». Les insectes ne sont pas les seules « privilégiés » puisque aussi de nombreux mammifères « succombent » à l’appel de la ville à l’image des faucons crécerelles dans toute l’Europe.

 

 

Malgré les efforts consentis par les villes pour favoriser la biodiversité de nombreux facteurs dirimants persistent à limiter son déploiement. Tout d’abord les problèmes architecturaux apparaissent comme les plus contraignants surtout pour une large partie de l’avifaune ne pouvant satisfaire à la nidification parmi les surfaces lisses des villes modernes comme le fait remarquer Jacques Moret, professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle.

Par J.V. - Publié dans : Biodiversité urbaine
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Mardi 27 juillet 2010 2 27 /07 /Juil /2010 18:31

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Avec l’avènement de la crise environnementale se sont développées des techniques de mesures et des savoirs afférents, censées quantifier et par la même expliciter en termes précis les problèmes rencontrés et rendre ainsi compte de leur origine, de leur ampleur et des mesures à mettre en place pour lutter contre. Cependant cette approche « mécaniste » qui ressort le plus souvent de la physique, chimie, biologie… et qui a le mérite de lever les voiles sur le « comment » des phénomènes observés reste muette en ce qui concerne le « pourquoi » de la chose. Autrement dit nous connaissons plus ou moins les causes et conséquences de l’effet de serre additionnelle, on peut même essayer d’y remédier (taxe carbone, pollueur-payeur), mais cela ne nous avance guère sur le pourquoi du comment. Soit la seule vrai question : pourquoi polluons-nous ?

Certes, de prime abord nous pourrions répondre par une tautologie à savoir que la pollution est inhérente à la vie, donc que nous polluons simplement pour vivre. Mais cela est-il raisonnable ? De nombreux peuples vivent sans polluer à outrance néanmoins tous polluent plus ou moins. Cette gradation souligne bien que si le fait de polluer est un acte universel il n’en demeure pas pour autant anodin et mérite donc investigation, afin peut-être dans découvrir une signification plus profonde. 

C’est ni plus ni moins ce que propose de faire Michel Serres dans son livre le Mal propre sous-titré polluer pour s’approprier ? Dans lequel, toujours selon sa méthode quasi philologique, il va tenter de creuser les différentes couches sémantiques du réel pour en extraire le sens premier et découvrir par là même, pourquoi pas, si ce n’est la Beauté du monde, tout du moins une vérité anthropologique.

Par J.V. - Publié dans : Pourquoi polluons-nous ?
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