Vendredi 25 juin 2010
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La question peut paraître osée de prime abord mais si l’on tient compte des évolutions antagonistes entrevues dans les milieux urbains et ruraux ces dernières années celle-ci semble être
légitime.
A ce titre l’exemple de la ville de Zurich est éloquent comme en témoignent les résultats d’un grand recensement faunistique faisant état d’une plus grande diversité des espèces au sein de la
zone urbaine que dans les campagnes environnantes. En effet comme le laisse entendre le biologiste Stefan Eneichen et son équipe « la grande diversité d’espèces des milieux urbains résulte de la
nature même de la ville ». Notamment par sa diversité structurelle où des « maisons individuelles, immeubles d’appartements, magasins, petites entreprises, bureaux, écoles et zones
industrielles se côtoient et sont reliés par des réseaux de voies ferrées, de routes et de chemins, insérés dans des jardins de dimension et qualité écologique variables, jalonnés d’arbres et
complétés par des parcs, cimetières et autres espaces verts ». Soit autant d’espaces favorables à la création de petites niches écologique où peuvent se déployer et proliférer de nombreuses
espèces qui n’auraient sûrement jamais vu le jour dans les grands espaces dégagés et cultivé des champs de monoculture intensive des zones rurales environnante. C’est ainsi qu’autour des gares de
la ville dans un biotope urbain constitué de rails a pu croître et se développer la plus grande colonie de lézards des murailles du Nord des Alpes.
A une plus grande échelle nous retrouvons un large éventail de plus de 16 000 espèces dans la zone urbaine soit un tiers des espèces présentes en Suisse. Mais encore Elia Landolt dénombre
1200 espèces de fougères et de plantes à fleurs sauvages ce qui représentent 40 % des espèces présentes sur le territoire Suisse. En outre une des particularités de cette biodiversité urbaine
tient à la singularité des espèces faunistique et floristique souvent autochtone et donc peu répandues comme le rappel l’étude sur la vision de la biodiversité en Suisse en remarquant que
« une plante sur six figurant dans la flore de la ville de Zurich est au moins menacé à l’échelle nationale selon la liste rouge ».
Si la diversité spécifique de Zurich tant sur le plan faunistique que floristique est importante elle n’est reste pas moins extrêmement fragile de part le faible nombre d’individus de chaque
espèce en proies aux aléas urbains (chantiers, densification du tissu urbain, pollution…).
Le cas particulier de Zurich (ou de la Suisse), loin de traduire une tendance générale, révèle toutefois des modus vivandi d’espèce en milieu urbain intéressants qui ont au moins le mérite de
mettre au jour certain paradoxe et/ou mythe relatif à la représentation que tout à chacun peut se faire de la biodiversité quelle soit urbaine ou rurale.
A l’instar de Zurich, toute proportion gardée, certaine ville deviennent dorénavant ce que l’on pourrait appeler des « refuges pour les animaux » en raison du bourgeonnement des espaces
verts en tout genre, parcs, jardins, toits enherbés, murs végétalisés et même friches qui sont autant d’asiles pour les espèces menacées des zones rurales où sévissent des pratiques agricoles qui
leurs sont défavorables.
Espèces emblématiques parmi tant d’autre pour leur rôle primordial de pollinisation (elles comptent pour 80 % de la vie sexuelle des plantes), les abeilles des milieux ruraux voient leur
populations décimées alors que leurs consoeurs des milieux urbains ou périurbains ne se sont jamais aussi bien portées. Avec 40 % de disparition annuelle (5 % en temps normal) le syndrome
de « l’affaiblissement du cheptel apicole » (où colony collapse disorder outre atlantique) bat son plein dans les campagnes française comme a pu inéluctablement le constater Gilles
Ratia, Président du 41e Congrès Apimondia 2009 et Consultant agricole International. A l’origine de cette situation alarmante sans précédent dans l’histoire apicole on retrouve selon
lui avant tout des facteurs exogènes tels « l’usages immodéré des pesticides, la mise sur le marché de nouvelles molécules hypertoxiques (moins de 50g à l’hectare suffisent au grand
nettoyage) et l’utilisation de nouvelles techniques de dissémination (enrobage des semences) ».
Sans se départir de ses propres responsabilités « nous sommes tous responsable » le constat reste pourtant amer comme pour beaucoup de petits apiculteurs (90 % de la profession) obligés
de battre en retraite devant des rendements par ruche dérisoire si ce n’est nuls (de 15 à 25 kg de miel annuel par ruche). Le constat est tout autre par delà les champs dans « l’asphalte
naturalisé » car avec des rendements moyens plutôt de l’ordre de 50 à 75 kg, quand il n’est pas rare d’atteindre les 100 kg, les abeilles des villes ne se sont jamais aussi bien
portées.
En effet outre d’avoir des ruches plus productives dans ces zones, quelles soient périurbaines ou urbaines comme à Paris (Toits de l’Opéra, du Grand Palais…), les abeilles bénéficient par le
biais des espaces verts diversifiés floristiquement (balcons, parcs, jardins, pelouses…) d’une nourriture abondante presque tout au long de l’année (de printemps à automne). Ceci permettant une
forte productivité et jusqu’à deux récoltes par an quand dans les campagnes les cultures monospécifiques n’assurent qu’une subsistance pendant un cours lapse de temps auxquels viennent s’ajouter
les désagréments déjà maintes fois évoqués.
Robert Barbault, directeur du département écologie et gestion de la biodiversité au Muséum National d’Histoire Naturel et président du comité de pilotage du colloque « biodiversité urbaine »,
résume bien la mouvance visant à appréhender la ville comme un écosystème à part entière : « La biodiversité est partout et pénètre dans les moindres interstices de la cité, bien
au-delà des parcs » et « certaines espèces sauvages ont même su y trouver un milieu favorable, comme les abeilles qui, à l’abri des pesticides, s’y portent mieux qu’à la
campagne ». Les insectes ne sont pas les seules « privilégiés » puisque aussi de nombreux mammifères « succombent » à l’appel de la ville à l’image des faucons crécerelles
dans toute l’Europe.
Malgré les efforts consentis par les villes pour favoriser la biodiversité de nombreux facteurs dirimants persistent à limiter son déploiement. Tout d’abord les problèmes architecturaux
apparaissent comme les plus contraignants surtout pour une large partie de l’avifaune ne pouvant satisfaire à la nidification parmi les surfaces lisses des villes modernes comme le fait remarquer
Jacques Moret, professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle.